20/10/2026
Confiscation du sérum physiologique à la gare Centrale et fouilles systématiques : une préoccupation sanitaire et juridique
Il nous revient que les jeunes sont de nouveau systématiquement fouillés à la gare Centrale et que la police leur confisque leur sérum physiologique.
Nous tenons à rappeler plusieurs éléments.
1. Le sérum physiologique : un produit médical dont la disponibilité peut être essentielle
Le sérum physiologique est un produit légal, en vente libre, généralement composé d’eau stérile et de chlorure de sodium (sel). Il est fréquemment emporté lors des manifestations afin de pouvoir rincer les yeux en cas d’exposition aux gaz lacrymogènes.
À la suite de la manifestation du vendredi 9 octobre, plusieurs cas de lésions apparues le lendemain nous ont été rapportés. Selon les informations reçues, ces lésions ont nécessité un traitement par pommade antibiotique, à la suite d’un avis médical. Nous estimons qu’il est indispensable de prendre ces signalements très au sérieux : certaines lésions de la cornée peuvent entraîner des séquelles durables si elles ne sont pas prises en charge rapidement.
L’utilisation du sérum physiologique dans ce contexte relève d’une démarche de premiers secours, particulièrement importante pour les plus jeunes, qui peuvent être vulnérables aux conséquences d’une exposition aux gaz lacrymogènes utilisés par les forces de l’ordre. La simple possession de ce produit, destiné à un usage médical, ne saurait être assimilée à une volonté de « faire échec à l’usage de la force publique ».
Plusieurs études scientifiques documentent les effets potentiellement graves des agents chimiques utilisés pour le maintien de l’ordre.
La revue systématique de Dimitroglou, Rachiotis et Hadjichristodoulou (2015), intitulée Exposure to the Riot Control Agent CS and Potential Health Effects: A Systematic Review of the Evidence (International Journal of Environmental Research and Public Health, 12(2), 1397–1411), recense notamment des atteintes oculaires, cutanées et respiratoires, ainsi que des complications graves.
De même, l’étude de Haar et al. (2017), Health impacts of chemical irritants used for crowd control: a systematic review of the injuries and deaths caused by tear gas and pepper spray, fait état de blessures graves et de séquelles permanentes associées à l’utilisation de ces agents chimiques, notamment dans des contextes d’exposition importante.
Il est établi qu’une exposition importante aux gaz lacrymogènes peut provoquer des lésions oculaires ou pulmonaires, parfois durables. Les données scientifiques restent toutefois insuffisantes pour déterminer précisément les effets à long terme d’expositions répétées sur le développement respiratoire des enfants et des adolescents.
La gravité des effets dépend notamment de la concentration du produit, de la quantité inhalée ou reçue par contact, de la durée et des conditions d’exposition, ainsi que de la rapidité et de l’adéquation des soins apportés.
Dès lors, confisquer préventivement du sérum physiologique lors d’une manifestation où se trouvent des jeunes et des mineurs peut compromettre leur capacité à procéder rapidement aux premiers gestes de décontamination, en particulier lorsque ce produit est destiné aux premiers secours. En l’absence immédiate d’eau propre, les douleurs, les larmoiements et les irritations peuvent notamment être plus difficiles à soulager.
Rappelons-le : le sérum physiologique n’est pas un antidote aux gaz lacrymogènes. Il permet néanmoins de rincer les yeux et constitue un moyen de premiers secours. Son utilisation ne remplace évidemment pas une prise en charge médicale lorsque celle-ci est nécessaire.
2. Le cadre juridique des fouilles, des saisies et des arrestations
Nous rappelons également que la loi belge du 5 août 1992 sur la fonction de police encadre les fouilles, les saisies et les arrestations.
Son article 28 autorise certaines "fouilles de sécurité", notamment dans des contextes où les conditions légales relatives à la sécurité ou à l’ordre public sont réunies. Ces dispositions encadrent les circonstances dans lesquelles une fouille peut être effectuée, mais ne constituent pas, à elles seules, une autorisation générale de confisquer tout objet découvert à cette occasion.
La légalité du retrait ou de la saisie d’un objet dépend de sa base juridique et des circonstances concrètes. Il n’existe pas d’interdiction générale de posséder du sérum physiologique lors d’une manifestation.
Le fait de transporter ce produit à des fins médicales ne saurait donc, à lui seul, être assimilé à une infraction ou à une volonté de faire obstacle à une intervention policière.
Par ailleurs, l’article 31 de cette même loi encadre les conditions de l’arrestation administrative, qui doit notamment répondre à une exigence d’"absolue nécessité" dans les situations prévues par la loi. La seule possession de sérum physiologique ne suffit pas, en elle-même, à établir que ces conditions sont réunies.
Nous rappelons enfin que des organisations de défense des droits humains, telles qu’Amnesty International, diffusent des recommandations relatives aux précautions à prendre face aux gaz lacrymogènes et aux gestes de premiers secours. Ces recommandations soulignent l’importance de pouvoir accéder rapidement à des moyens de rinçage adaptés.
3. Pour le respect des droits des jeunes et de leur santé
Nous appelons l’ensemble des acteurs concernés par les droits de l’enfant à interpeller les responsables policiers et politiques bruxellois afin que la plus grande vigilance soit exercée lors des rassemblements de jeunes à la gare Centrale. Le droit de réunion et de manifestation doit être pleinement respecté, sans exposer les participants à des risques sanitaires disproportionnés.
Plus globalement, nous sommes préoccupés par les conséquences médicales de l’usage intensif de gaz lacrymogènes sur la jeunesse. Comme pour d’autres a***s dites non létales ou à létalité réduite utilisées par les forces de l’ordre, les connaissances scientifiques demeurent insuffisantes pour évaluer précisément l’ensemble des effets à long terme, notamment ceux d’expositions répétées chez les mineurs.
Nous appelons donc à une gestion de l’espace public davantage fondée sur le dialogue, la négociation et la désescalade, ainsi qu’à une approche plus ouverte à la jeunesse et à ses formes d’expression politique spontanée.
La protection de la santé des jeunes, le respect de leurs droits fondamentaux et la prévention des risques doivent demeurer des priorités absolues. »
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