02/12/2025
✍️ Un post un peu long pour revenir sur les déclarations problématiques du secteur industriel et de la secrétaire d'Etat à l'urbanisation.👇
⚠️ Vendredi dernier le 28 novembre, la secrétaire d’État à l'Urbanisme répondait à une interpellation parlementaire et déclarait dans la presse que selon elle, la Région bruxelloise « doit aller en appel » du jugement obtenu par 1330 bruxellois.e.s., Bruxelles Nature et We Are Nature, pour suspendre la destruction des espaces naturels d'au moins 1/2 hectare, jusqu'à ce que la Région adapte son PRAS au climat.
😏 Nous apprenions dans l'article ci-lié que « Un courrier signé par Embuild, UPSI/BVS, BECI, UCM, UNIZO, Federia, CIB, Febiac et Horeca Brussels a été adressé à l’ensemble des membres du gouvernement et ne laisse aucun doute : ce jugement et le moratoire qu’il impose risquent de mettre à l’arrêt tout investissement privé à Bruxelles et affaiblissent l’attractivité économique de Bruxelles. »
✋ Nous demandons que ce courrier soit rendu public.
❗️Il est évident que si les fédérations patronales de plusieurs secteurs industriels font pression sur l'ensemble des membres du gouvernement pour le pousser à réagir de manière inadéquate à un jugement du tribunal, un important problème démocratique se pose.
‼️ A tout le moins, cette initiative de l'industrie vers le politique contre une décision de justice qui protège le bien commun doit absolument être rendue intégralement publique.
🧐 Soulignons que la menace, ou plutôt le chantage qui consiste à déclarer dans la presse qu'arrêter temporairement la destruction de la nature « risque[nt] de mettre à l’arrêt tout investissement privé à Bruxelles et affaiblissent l’attractivité économique de Bruxelles », témoigne de graves inconséquences :
1️⃣ Tout d'abord, l'impréparation étonnante des industries à l'adaptation au changement climatique.
Derrière les beaux discours et les opérations de greenwashing, les dirigeants de ces secteurs industriels ne sont de toute évidence pas parvenu à anticiper ce qui est archi-connu de longue date : nous devons arrêter de détruire la biodiversité, arrêter d'émettre des gaz à effet de serre, arrêter de détruire les puits de carbone. Y compris évidemment au niveau régional.
Mais tout les dirigeants de ces secteurs privés le refusent absolument. Ils refusent même de faire une pause d'un an dans la destruction. Et pour continuer de se voiler la face tout en menant des politiques qui colonisent l'avenir de nos enfants, ils se livrent à une forme de chantage économique.
C'est rien moins qu'effarant.
2️⃣ Affirmer en plus qu'arrêter de détruire la nature à Bruxelles affaiblirait l'attractivité économique de notre Région, ajoute une couche d'erreur à la faute initiale : la nature à Bruxelles est l'un des meilleurs atouts pour que notre Région reste vivable dans un avenir proche et lointain. Visiblement, ces leaders productivistes n'ont pas mesuré ce que signifie les pics de chaleur à 50°C dans 25 ans. Nous soulignons : dans 25 ans. 50°C. Ils n'ont d'évidence pas compris ce qu'impliquent plus d'inondations. Et de sécheresses. Et d'incendies. Et de pics de pollution. Et de tempêtes. Pourtant, le Bureau fédéral du Plan et le CERAC ont livré une première estimation des coûts financiers – ceux qui a priori intéressent prioritairement les syndicats patronaux - : une baisse de 5% du PIB en base normale, sans épisodes météorologiques extrêmes. 12% en cas d'année avec des épisodes météorologiques extrêmes. Et l'on sait que ces valeurs sont sous-estimées parce qu'elles ne tiennent pas compte des coûts indirects, notamment sur la sécurité sociale, et que rapportés à une ville-région dense et imperméabilisée comme Bruxelles, ils seront certainement beaucoup plus élevés. Bref, dire que protéger la nature à Bruxelles, c'est à dire commencer à adapter notre région aux effets du changement climatique, pourrait affaiblir l'attractivité économique de Bruxelles est une erreur absolument colossale qui consiste à ne concevoir l'avenir qu'à partir d'une vision comptable étriquée et décorrélée du réel.
3️⃣ Il est très préoccupant qu'aucun des dirigeants de ces syndicats patronaux ne soit visiblement parvenu à ramener de la rationalité dans ce mouvement qui ressemble à une panique idéologique : comme si ensemble, les dirigeants de ces industries n'étaient pas en mesure de changer, d'adapter leurs pratiques au monde qui change, comme s'ils devaient rester à la traîne d'un modèle de société productiviste périmé, en bout de course, qui ruine la planète, les gens et la démocratie.
Il est pourtant possible de se réinventer, de faire mieux, sans détruire la planète et l'avenir de nos enfants.
❌ Le bouclage idéologique est opéré dans cet article par la secrétaire d’État elle-même qui déclare que ce jugement la « gène fortement. Oui, le changement climatique est un danger pour l’humain et le droit à un environnement sain est un droit humain reconnu internationalement. Mais le droit à un logement décent est également un droit consacré par la Constitution et constitue un objectif également important. »
😞 Madame Persooons ne semble pas en mesure de nous expliquer en quoi détruire la nature a jamais permis de résoudre la « crise » du logement. Bruxelles est désormais imperméabilisée à 53%, et 500.000 Bruxellois.e.s sont dans les conditions économiques d'accès au logement social. Mme Persoons compte-t-elle détruire ce qu'il reste de nature pour construire plus de logements, ce qui n'a jamais permis ne fut-ce que de freiner la « crise » du logement qui est avant tout une crise du logement ABORDABLE et pas une crise du bâti ? Maintenant que nous sommes au début d'une crise climatique qui menace l'habitabilité des villes, dont Bruxelles, Mme Persoons veut-elle continuer d'aggraver la faute climatique de notre Région au motif qu'il faudrait construire, alors que ce dont nous avons besoin c'est de régulation ? On cherche en vain un début de logique.
😡 La secrétaire d’État ne fait nulle part mention des impacts nombreux du changement climatique sur les conditions de logement des bruxellois, notamment dans le centre ville, plus minéralisé, plus pauvre, plus exposé et plus vulnérable à la fois. Que propose la secrétaire d’État pour faire face aux pics de chaleur à 50°C dans 25 ans ? Nous répétons, à 50°C dans 25 ans ? Que prévoit-elle pour réduire la casse des inondations qui seront plus intenses, longues et fréquentes à l'avenir ? Continuer de détruire les solutions fondées sur la nature ? Visiblement, oui. C'est effarant.
🤥 La « crise » du logement n'en est pas une, c'est une politique structurelle qui avance en procédant en trois temps : 1) détruire les sols pour les vendre et les rentabiliser financièrement, augmenter ainsi la surface du marché spéculatif, 2) spéculer sur les prix, notamment en empêchant toute régulation forte des loyers et de la captation des plus-values foncières et immobilières, mais aussi en maintenant un taux de vacance (bâtiments vides) important pour maintenir l'illusion de pénurie et « créer de la valeur » (i.e.: couler du béton) en plus grande quantité, 3) en favorisant un ensemble de normes qui entretiennent cette logique plutôt que d'en sortir.
❌ Mme Persoons veut continuer de détruire les sols, son parti refuse une régulation forte des loyers et d'avancer sur la captation des plus-values, et en matières de normes, on ne voit pas de politique qui s'attaquerait de front aux inégalités sociosanitaires liées au logement.
😳 Si bien que lorsque la secrétaire d’État se déclare préoccupée par le droit au logement, après avoir expliqué qu'elle est préoccupée par le droit à une environnement sain mais qu'elle est favorable à la continuation de la destruction de la nature, il y a de quoi être inquiets.
⚖️ Le jugement du tribunal de première instance francophone de Bruxelles a créé, ce 29 octobre, une ouverture utile et un socle pertinent pour commencer vraiment à organiser l'adaptation de Bruxelles aux impacts croissant du changement climatique.
Dans le même temps, c'est une base utile sur laquelle s'appuyer pour prendre les mesures indispensables pour loger dignement les bruxellois.e.s.
Faut-il le souligner ? Ces deux mesures sont des conditions essentielles de la prospérité de Bruxelles à l'avenir. Continuer de détruire la nature et dégrader les conditions de logement est au contraire la garantie de l'appauvrissement généralisé de la Région à moyen terme.
😤 Le fait que les fédérations industrielles s'opposent à toute avancée dans le sens d'une prospérité à la fois solidaire et compatible avec les contraintes climatiques et environnementales n'est malheureusement pas très surprenant.
✋ Il serait par contre incompréhensible et totalement inacceptable que les élus, qui chacune et chacun sont censés représenter les intérêts de toustes les bruxellois.e.s, et leur gouvernement (en affaires courantes) cèdent face à cette pression d'un autre âge et fassent appel du jugement.
👉 D'une part, vu les délais de procédure, cet appel arrivera trop t**d pour stopper le moratoire.
👉 D'autre part, il privera les pouvoirs publics de la clarté qu'offre le jugement pour changer de trajectoire.
👉 Finalement, il constituerait le message limpide que le gouvernement gouverne contre l'intérêt de ses citoyens.
⛔️ Autant dire que cela constituerait un signal catastrophique.
🧐 La mobilisation pour la nature à Bruxelles se double d'une demande forte de régulation du marché immobilier. Le signal est clair, et va dans le sens de l'intérêt commun.
Le positionnement du gouvernement en affaires courantes se lira à l'aune de cette dynamique citoyenne.👊
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Si ces arguments vous semblent utiles, merci de nous aider à les diffuser en les partageant.
https://www.lesoir.be/713804/article/2025-11-28/suspension-de-lurbanisation-des-sites-naturels-bruxelles-doit-aller-en-appel